Journée scientifique de l’Université Simon Kimbangu, Denis Kadima : « Le glissement ne fait pas partie de notre vocabulaire à la CENI »

L’Université Simon Kimbangu (USK) a organisé, jeudi 1er septembre au centre d’accueil et de conférences kimbanguistes de Kasa-Vubu, une journée scientifique avec comme orateur principal Denis Kadima Kazadi, président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). L’activité scientifique était axée autour de « l’organisation du 4è cycle électoral en RDC/2023 ». Au cours cet exercice qui s’est tenu dans le cadre de concertation avec les populations, le président de la CENI a donné plusieurs informations qui ont eu l’avantage de dissiper plusieurs malentendus et plus de lisibilité du processus électoral en cours dans le pays. Mais surtout de redire sa détermination de tenir le pari de décembre 2023. « Le glissement ne fait pas partie de notre vocabulaire à la CENI », a-t-il dit pour rassurer les uns et les autres.

usk denis kadima

Devant un auditoire élitiste, Denis Kadima, président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), a posé les jalons de son propos par le diagnostic dressé par son équipe, aussitôt portée à la tête de la Centrale électorale. Et pour tout dire, ce diagnostic a porté autour de plaintes formulées par la population sur la CENI.

« A tort ou à raison, la CENI a été accusée de beaucoup de choses, notamment d’opacité dans la gestion électorale, de non-transparence dans la gestion financière, de manque d’intégrité dans le chef des animateurs de la Centrale électorale, etc. Conséquence : beaucoup de Congolais ne croient pas que la CENI peut réaliser un travail de qualité », a-t-il planté le décor.

Sur base de ce diagnostic, a-t-il enchainé, son équipe s’est mise au travail parce qu’à terme, elle entendait se faire accepter par le travail, par ses actions.

C’est donc pour cette raison que la requête de l’Université Simon Kimbangu a trouvé un écho favorable.

« Quand le recteur nous a approché, nous n’avons pas hésité, car c’était pour nous une façon d’approcher tous ceux qui s’intéressent au processus électoral. L’autre raison fondamentale, c’est que la CENI n’a pas toutes les idées, beaucoup de réalités se vivent dans nos communautés et la CENI a besoin de toutes ces informations pour bien mener le processus », a ajouté Denis Kadima.

Dans son approche, l’équipe Kadima tient compte de toutes les observations et recommandations de tout le monde, surtout des missions d’observation électorale, tout qui lui parvient à travers le cadre de concertation pour se mettre résolument au service de l’électoral congolais.

Actions menées

L’une des actions dès l’arrivée à la tête de la CENI, c’est élaborer un plan stratégique qui permet de visualiser tout ce que l’équipe veut que l’institution réalise ou devienne au bout d’une période donnée.  Mais à la clé, l’ambition de l’actuelle équipe, c’est redorer l’image de la CENI qui abat un travail qui est mal apprécié par le commun des concitoyens.

« Un travail des héros à l’ombre. Le personnel de la CENI se déploie parfois dans des zones très dangereuses, pour peu d’argent. Mais, ça personne n’en parle ; on fait focus que ce qui ne marche pas. Raison pour laquelle nous voulons bien profiter des occasions comme celles que nous offre l’Université Simon Kimbangu pour expliquer ce que nous faisons. Si nous sommes bien compris, nous serons mieux accompagnés », a estimé Denis Kadima.

L’autre action menée, c’est la mise en place d’une cellule de passation des marchés pour rendre les processus compétitif et ouvert à tout le monde.


IMG-20220901-WA0005

Pour ce faire, l’équipe Kadima a mis en place une feuille de route 2021-2027 qui détaille toutes les activités à mener, à commencer par les élections directes (législatives nationales et provinciales, présidentielle).

En même temps, l’équipe a relevé les contraintes auxquelles la CENI fait face. Même si évoquer ces contraintes passe aux yeux de beaucoup comme des raisons pour ne pas organiser les élections à temps, pour glisser.

« Mais d’ores et déjà, je dois vous dire que le glissement ne fait pas partie de notre vocabulaire à la CENI. Il n’y aura pas de glissement parce que nous n’allons pas glisser. Nous allons nous battre, avec votre concours, pour qu’avant la fin de 2023 nous ayons des élections crédibles, apaisées et à temps pour créer une routine en démocratie. C’est important. Nous sommes vraiment déterminés à organiser les élections avant que 2023 ne finisse », profession de foi de Denis Kadima.

 Pour lui, si les contraintes sont évoquées pour qu’elles soient surmontées et non pour pleurnicher. Et au nombre de ces contraintes, il y a la situation sécuritaire, avec beaucoup de poches résiduelles de conflit armé. La CENI aura besoin du concours de l’armée pour mener les opérations électorales dans ces zones-là ; la difficulté d’ordre logistique due, notamment à la taille du pays, avec une infrastructure routière inexistante ou pas en bon état. Il faut recourir à l’avion, ce qui augmente de façon exponentielle le coût de transport ; le défi financier : plus tôt on reçoit l’argent, mieux cela aide dans l’organisation des opérations à mener. Quand on reçoit les fonds en retard, on cherche à aller plus vite en augmentant le personnel, en empruntant des moyens de transport onéreux comme l’avion alors qu’on aurait pu recourir au train, bateau, camion ; le défi sanitaire qui, aujourd’hui, n’est plus une menace avec une Covid-19 virulente, bien qu’à Beni se signale encore une épidémie de la maladie à virus Ebola.


Opérations réalisées

En principe, la CENI est à 90% de la fin de la cartographie des centres des élections.

« On ne peut organiser les élections sans déterminer au préalable le lieu où les gens doivent aller voter ou sa faire enrôler. Très souvent, ces centres sont logés dans les écoles et centres de santé. L’exercice mené jusqu’ici vise à établir les endroits où voter. Et la tâche essentielle a consisté à réduire au maximum cette distance au moins 5 km, sinon 10 km au maximum, pas au-delà. Cependant, l’installation d’un centre de vote ou d’enrôlement tient compte du poids démographique mais aussi des zones de conflit », a précisé par ailleurs Denis Kadima.

Enrôlement des électeurs en décembre 2022

Après la cartographie électorale, la CENI s’attelle bien à l’enrôlement et identification des électeurs que le président de la Centrale électorale annonce pour décembre 2022 pour prendre fin vers mars 2023.

A l’heure qu’il est, l’équipe Kadima vient de passer la commande des kits d’enrôlement des électeurs. Le marché a été gagné par une firme coréenne qui travaille déjà en Corée avec une équipe de la CENI sur le logiciel à intégrer dans la machine à voter.

L’innovation introduite dans cette opération est non seulement que la CENI a amélioré la qualité de relèvement des empreintes digitales mais aussi, au-delà des empreintes, il y aura la capture de l’iris des yeux. Ceci pour pallier la difficulté constatée lors du dernier cycle électoral au cours duquel la CENI a recensé plus 6 millions d’électeurs sans empreintes digitales.

 Mutualisation CENI- ONIP

La CENI travaille avec l’Office national d’identification de la population (ONIP) pour certaines opérations qui sont tout aussi bénéfiques pour la Centrale électorale, sans perdre de vue la contrainte temporelle constitutionnelle, c’est-à-dire le délai de décembre 2023.

Au bout de cette opération, l’ONIP produira une carte d’identité en plus de la nouvelle carte d’électeur, un état civil digne du grand Congo ; ce qui permettrait en 2028 à la CENI de se servir du fichier de l’ONIP et d’en extraire les mineurs. Donc, on n’aura plus à convoquer la population pour les opérations d’enrôlement.

 Denis Kadima a terminé son mot par appel à tous les compatriotes en vue d’une implication au processus électoral, notamment pour la sensibilisation des populations aux opérations électorales.

Bien auparavant, le professeur Blaise Muya Mayoyi, recteur de l’Université Simon Kimbangu, avait circonscrit le contexte de la tenue de la conférence-débat.

« La notion électorale est un vaste champ dont beaucoup d’éléments font défaut dans la compréhension de plus d’un Congolais lambda, voire parmi les scientifiques. Raison pour laquelle l’Université Simon Kimbangu a fait recours à la personne suffisamment assise, expérimentée de tout le temps, l’homme d’une expertise connue, vérifiée dans plusieurs Etats d’Afrique et ailleurs, M. Denis Kadima Kazadi, président de la CENI. En sa caquette d’expert en la matière, en ce lieu purement scientifico-culturo-spirituel pour qu’il apprenne, dissipe le malentendu autour de la compréhension cohérent du processus électoral en RDC », a-t-il expliqué.

Un débat fort enrichissant a clôturé cette journée d’échanges entre la communauté USK et la CENI.